Toi qui ne tournes pas
Toi qui ne bouges pas
Autour de Toi je danse
Et sans cesse gravite
Fille du labyrinthe
Et taureau de l’arène
Agartha
Toi morcelé dans tous
Les regards qui me plaisent
Osiris, ô célé
Au monde ainsi scellé
Os par os, je recouds
Ton âme dans mon sein
Qui en brille
Dans le ciel à l’aurore
Sur les nuages rouges
Le soleil entrelace
Les lettres de Ton nom
Tandis que le vent le
Murmure mais toujours
Il m’échappe
Qui.
Assise auprès de la fenêtre en pluie, une femme attend, dans l’ombre crépitante. Le sourire qui ronronne sur ses lèvres adoucit son visage, comme l’eau sur le monde apporte un peu de flou dans sa mémoire. Les Hommes font silence, les animaux se terrent, il semble que la pluie occupe tout l’espace, poussant les faux soleils et les étoiles grises jusqu’aux replis de son indifférence. Un petit peu de tristesse, une touche d’ennui ; les gouttes sur les tuiles créent des silences pleins de bruits, la quiétude habitée de souvenirs soudain atones, comme on les voit, de loin, passer la main. Dehors la terre exhale ses parfums, chassant les égoïstes miasmes. La pluie ainsi prépare pour la fleur un air originel, neutre et sain, mais on verra tout ça demain, lorsque l’oiseau, à l’aube, entonnera pour le matin le signe du départ. Assise auprès de la fenêtre, une femme lave ses souvenirs et songe, en souriant, aux jours passés, comme l’enfant dans sa candeur rêve demain.
Futilité fugace, élégante comptine, jouée au piano droit le long d’une aube endimanchée, lueur orange de petits déjeuners mielleux . Voici F est entrée, figurine de feu fieffée de plumes. Flamboyante et rieuse, ornée de frou-frou d’or, la brindille enflammée déploie sur l’écran noir de carnavalesques artifices. Elle est : le mot « pep’s » dans un discours d’académicien, une trille joyeuse au cœur d’un requiem, le parfum d’une fleur qui choit sur un charnier, des fossettes malignes sur des joues gâtées, l’horrible d’un fluo sur un tableau de maître… le fallacieux des espérances. Les jours de grâce, il arrive parfois que revêtue de ses frivolités, F devienne l’inconsciente gaieté de fabriquer du beau, en pure vanité, des choses grandes sans le soupçonner. Que ferions-nous sans elle, follette si fringante, mondaine si fragile, la fée de nos ennuis, l’abîme des abîmes ?
Joie que ce rire qui fait face à une fosse au fond percé, sans plus de foi… Ô mon Amour, tu vois l’hiver, l’effroi, la faim, la finitude, la fange la fureur, et la mort nous attend, fatale et froide… fichtre.
Énorme éléphant à quatre piliers, mobile autant qu’enraciné, au plus profond de la terre fangeuse, M se promène, lourd, comme une basse continue qui fait trembler les tréfonds à chaque mouvement. Tout se pose sur lui, et tout se meut quand il respire. M est un pacha couleur de terre baignée de sang, M est égal à quatre, M a l’odeur des tripes. C’est dans le ventre qu’il réside et quand je t’aime façon M, c’est par la peau que tu me hantes, comme une absence qui meurtrit, comme ce poison rassérénant de l’évidence. Dans la palette de l’émoi, M a cette place espagnole des rubis, le sang vif masquant toutes moiteurs, tout abandon, les mirifiques méchancetés, le sourire mort d’une Médée après naufrage, la clef de voûte de la vie. Doute aboli dans la noirceur de l’âme et nuit profonde, M est ce pays dense où les brouillards jamais ne flottent ; ce qui résonne, la matière et la femme.
Poésie |
Posted by Picarof
mars 26th, 2010
Qu’ainsi que dans ma main
La tienne trouve place,
Qu’ainsi que sur ma peau
Ton nom laisse une trace,
Enlacés de nouveau,
Autrefois et demain
Se marient dans ces mots :
Aujourd’hui, ce matin.
À chaque fois que je ressens comme un désir
De peintre, le pinceau choit.
Quand tintent les clochettes de ce temps heureux
De vivre, les larmes montent.
Qui es-tu, toi qui ris ?
Où donc est la chanteuse ?
Qu’on me donne un jouet
Et je le change en bile.
Que l’on m’offre un palais
Et j’en ferai décombres.
Voici la vacuité
Voici la vérité
…et puis voici la mort.
Fragments |
Posted by Picarof
mars 25th, 2010
Cette distance intérieure qui accable… Cet effondrement de tous les sens, ce gribouillis de l’être véritable qui se confond avec l’architecture de rêves lumineux… Ah… si seulement quelque chose était. Songe insidieux qui sourd de chaque sursaut de l’entendement…. Espérons les lobotomies ainsi que le Léthé.
Elle se plaint, lui est venu souffrir
De la nuit dure, à mon oreille claire…
Je n’ai plus peur, moi je ne pleure pas
Mais des matins, je m’entends soupirer
Au réveil que les jours seraient plus doux
Si par la nuit jamais on ne rêvait.
Dans les nuages se dessine un visage
Les flaques d’eau tracent parfois ce dos
Qui sait porter et qui n’est pas le mien
Comme une bosse, on dit «Oh ! Que c’est laid !»
Mais fatigué, chacun est bien content
D’être la bosse et de faire l’enfant.
Voilà mon ombre, le grand Absent du jour,
Quasimodo que j’aime et que j’attends ;
En riant nous boirions du thé le soir,
Au bord de l’eau, quand l’été reviendrait.
Oui, nous boirions du thé, assis par terre,
En riant fort, comme rient les bossus.
Comme elle était jolie dans ses vêtements roses, je lui tournais autour ; elle était bien gentille et dansait avec moi. Quand je me sentais triste, elle me consolait, et me parlait de pays étrangers où l’on vivrait comme on en rêve. Tandis qu’elle me narrait les autrefois mélancoliques, ses yeux de miel, tout en pleurant, me contaient des chemins bordés de roses dans la reverdie. J’ai fait de cette vierge mon épouse, et pour la nuit de noces, elle est devenue belle.
Une autre toutefois dansait autour de moi, une autre très cruelle. Sa robe rouge ornée de cent grelots hantait mes rêves et drapait mon bonheur. Au bruit de son tambour, j’oubliais le printemps et replongeais dans la terre, là où le sang bat sans tiédir. Bouillant, je l’ai violée, elle qui ne se refuse à rien, et puis je l’ai mangée, et j’ai mangé son poignard, et j’ai mangé sa folie. Les ombres désormais découpent dans mes yeux des larmes écarlates qui tachent mon épouse quand je la prends ; je suis le Prince des Hivers, la Brume est mon logis.
Elle se frappait la tête, elle se lavait le corps ; à l’eau bouillante, il faut que ça fasse mal ! Elle enrageait de ne voir tout autour d’elle que des méchants, des mécréants et des sans cœur, alors elle se blessait. Quand ça montait jusqu’à la gorge, très fort, elle se mordait les lèvres, pour tout tenir dedans ; sur celles-ci, les mots tus faisaient perler des gouttes rouges. Parfois elle se disait, en regardant son corps meurtri, que c’étaient les impurs qui l’avaient mutilé ; mais en toisant ses mains pourtant, elle les voyait sales.