Archive for the ‘Poésie’ Category

Reverdie (bis)

Poésie, Poésie en prose | Posted by Picarof décembre 30th, 2011

La neige avait fondu, l’exil enfin se terminait.

Ce n’était pas dans un sourire, ce n’était pas dans un amour, ce n’était pas dans un triomphe que les retrouvailles avaient eu lieu mais sur un champ de ruines, à l’heure où les vautours eux-mêmes avaient abandonné les lieux.

Il ne restait plus rien, au terme de la guerre, plus rien qu’une rivière cristalline. Le lion vaincu par la panthère, la panthère par le chat, le chat par la tortue, la tortue par le temps, chacun dans le carnage avait goûté de l’autre, content d’être debout quand il se couchait sur le sable pour accueillir élégamment la vermine affamée.

La neige était tombée, comme la brume avant la guerre. Et quelle brume ! Je vivais alors dans les clartés impossibles ! La brume était terrible, ainsi fut cette neige blanche, blanche comme les cimetières.

Puis dans le froid, il y eut du silence. Moi, j’étais là, j’étais Hiroshima. J’acceptai ce silence et il m’accepta aussi. Je crois. Je croyais de nouveau, sans renier mes hérésies. Mais qu’elle est belle nue ! Et diable, si de nouveau j’écris, c’est que nous sommes en guerre de nouveau, toujours, encore en guerre ! Je me souviens à peine de la reverdie, de ce cœur réuni qui souriait, de ce chant mélodieux, de cette sève libre… Mais puisqu’encore il faut partir, un baluchon et un bâton, hop ! Jouons la comédie de l’an, de ses saisons, en attendant le temps des nudités, des morts et des naissances, en attendant Janvier aux deux visages, Février à la faux… Attendons le printemps, qu’éclatent de nouveaux des guerres viscérales.

Le réveil.

Poésie en prose | Posted by Picarof juin 18th, 2011

Gris, le monde.

Qui me disait, je l’écoutais. Qui me voulait, je m’y offrais. En souriant ou en bâillant.

Le temps se consumait entre mes doigts, je sentais des cendres salées me ronger les joues, en arcs lunaires.

Elles me tombaient sur les habits, ensuite, en gros paquets de mois, qui sous le choc se révélaient poussières granuleuses.

Vois cette poudre, là, c’est une matinée. Cette autre sur ma manche, un moment de lecture. Et là, oh sur le tapis – notre premier baiser d’été.

La cendre au tissu se mêlait pour le salir ou le laver, je ne saurais pas dire – quelle importance ? Quoi qu’il en soit, mon vêtement s’usait. Il se laissait ronger par les larmes intrusives de l’horloge, qui ne se gêne jamais.

Mon dépérissement, aussi conscient qu’inéluctable, en avait fini de me révolter tandis que le désespoir en moi se détachait de sa tristesse familière. De la déréliction, je ne sentais plus que le soulagement de n’avoir plus rien à redouter, plus rien à fuir. J’étais ici et maintenant face à l’abîme et nous nous regardions, comme deux amants chamailleurs qui se retrouvent et se reconnaissent, après l’orage.

Était-ce une récompense ? Un lot de consolation ? Sur ma figure, comme sur celle d’autres avant moi, le sablier de sel avait planté un sourire atone, tiède, désabusé. Les grands bouddhas dorés, Mona Lisa… les condamnés à mort ; ceux-là savaient notre secret. Chacun le murmurait à sa façon – mais les oreilles s’usent si vite !

Béate, au milieu de mes cendres, je souriais imaginant le jour où elles auraient mangé tout le tissu de mon habit, s’attaqueraient à celui de ma peau, entameraient les os ensuite et pour finir dévorerait mon nom.

Vanitas vanitatum et omnia vanitas.

En me déshabillant, la cendre étouffait tout autour de moi les espérances une à une – comme un éteignoir enlace sans la toucher la mèche d’une bougie. La chaleur doucereuse des illusions de jour en jour ne me concernait plus et tandis que je me décollais du monde, j’avais froid de plus en plus.

Une chaise, une pièce vide, et voilà une vie. Depuis que j’avais plongé mes yeux dans ceux de l’éternel, les choses importantes tout en m’amusant me rendaient  nostalgique. Je frissonnais, glacée, et le froid me disait, en palpant mon squelette :

«Je suis le permanent, l’originel. Bientôt tu seras mienne, et tu me deviendras.»

Je souriais, docile fiancée des morts. N’avais-je pas été la fiancée fragile de quelque homme ? Non, même pas, mais j’en avais rêvé sérieusement, en des temps engloutis.

C’est ça, cette lueur, cette réminiscence. Un souvenir d’avant. Je revoyais, comme on revoit en rêve, l’être que j’avais été : rouge, éclatante, acharnée, colérique. Étais-je libre en ces temps-là ? Non, je me débattais dans la forêt de mes terreurs et de mes souhaits, brassant de l’air en vain pour éviter le Silence et l’absurde. Il m’effrayait, le minotaure…

Pourtant je n’étais pas venue au centre de ce labyrinthe pour regarder tomber la neige. Je n’avais pas lutté pour ça ! Puisque le temps emporte tout, pourquoi rester sur une chaise, à attendre la mort ? Autant suer un peu…

Alors, au centre de ce labyrinthe, qui n’était que grisaille, ombre indéterminée, j’ai tracé sur le sol un grand damier. Noires, blanches, les cases m’en faisaient mal aux yeux.

J’avais mal aux poumons de sentir à nouveau le souffle qui me traversait. Et l’eau, enfin, a coulé de nouveau.

Neiges

Poésie libre | Posted by Picarof décembre 1st, 2010

Le passage d’un fou
En fit un tas de boue.
Mais comme elle fut belle !

Ni feu ni glas le corps
Qui abolit le blanc
N’est jamais transparent.

Nie les neiges, nie les eaux ;
Le solfège des os.

Il me reste les marges
La mémoire et l’image
De l’aride désert ;

Mais quand je marche, folle,
Je me prie en silence
«Espérons que je danse».

Nie les neiges, nie les eaux ;
Le solfège des os.

Vagues

Petites choses | Posted by Picarof décembre 1st, 2010

Chimériques blablas,
Un semblant de schmilblick ;
Méfiez-vous des trompe-l’œil
Leur profondeur fictive
N’égalera jamais
L’océan silencieux.

Balançoire

Petites choses | Posted by Picarof novembre 22nd, 2010

Jeux d’enfants désertés…

Vois, nos cajoleries
Câlines d’autrefois,
Se sont changées en chaînes.

Le bruit des villes

Poésie, Poésie en prose | Posted by Picarof novembre 2nd, 2010

Il y avait du bruit, dehors.

Voitures, camions – des cris ? – sirènes de police ; Dieu, ce que tout ça endort !

J’ai cherché des musiques pour faire le silence. Je n’en ai pas trouvées. Depuis, j’aime le bruit (ah, le fracas).

… Au moins je fais semblant

de vivre heureusement dans ce mensonge – cet irritant, cet asphyxiant brouhaha qui ronge.

Je me grise pour oublier le meurtre du Silence, que je ne sais ni enfanter ni accueillir. Les bruyants me tapissent et me cernent, jusqu’à ce que je crache un «moi, c’est eux» – salope !

… les colonies !

Leurs vêtements m’habitent ! Puissé-je dire rien… Au moins je me foutrais la paix, je dirais sans tuer.

«Elle coule, quelque part.»

Crépuscule estival #1

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

on croirait qu’il imite le chat qui ronronne,
quand il caresse la vitre embuée,
l’indolent clapotis de la pluie qui crépite,
endormant les horloges affamées.

Crépuscule estival #2

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

personne ne parle,
une voiture lointaine
traverse la rue.

Crépuscule estival #3

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

parfois un pas de femme se distingue, du haut de ses talons.
toc toc, toc toc…
et cet hallucinant passage aussitôt rejoint les vapeurs d’Autrefois.

Crépuscule estival #4

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

Langoureuse allongée, la danseuse s’étiole sur une sarabande humide autant que froide dans la mollesse floue d’une soirée d’automne ; ici souffle l’été vaincu.
(les papillons du tintamarre s’endorment pour l’hiver)