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Reverdie (bis)

Poésie, Poésie en prose | Posted by Picarof décembre 30th, 2011

La neige avait fondu, l’exil enfin se terminait.

Ce n’était pas dans un sourire, ce n’était pas dans un amour, ce n’était pas dans un triomphe que les retrouvailles avaient eu lieu mais sur un champ de ruines, à l’heure où les vautours eux-mêmes avaient abandonné les lieux.

Il ne restait plus rien, au terme de la guerre, plus rien qu’une rivière cristalline. Le lion vaincu par la panthère, la panthère par le chat, le chat par la tortue, la tortue par le temps, chacun dans le carnage avait goûté de l’autre, content d’être debout quand il se couchait sur le sable pour accueillir élégamment la vermine affamée.

La neige était tombée, comme la brume avant la guerre. Et quelle brume ! Je vivais alors dans les clartés impossibles ! La brume était terrible, ainsi fut cette neige blanche, blanche comme les cimetières.

Puis dans le froid, il y eut du silence. Moi, j’étais là, j’étais Hiroshima. J’acceptai ce silence et il m’accepta aussi. Je crois. Je croyais de nouveau, sans renier mes hérésies. Mais qu’elle est belle nue ! Et diable, si de nouveau j’écris, c’est que nous sommes en guerre de nouveau, toujours, encore en guerre ! Je me souviens à peine de la reverdie, de ce cœur réuni qui souriait, de ce chant mélodieux, de cette sève libre… Mais puisqu’encore il faut partir, un baluchon et un bâton, hop ! Jouons la comédie de l’an, de ses saisons, en attendant le temps des nudités, des morts et des naissances, en attendant Janvier aux deux visages, Février à la faux… Attendons le printemps, qu’éclatent de nouveaux des guerres viscérales.