Crépuscule estival #2

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

personne ne parle,
une voiture lointaine
traverse la rue.

Crépuscule estival #3

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

parfois un pas de femme se distingue, du haut de ses talons.
toc toc, toc toc…
et cet hallucinant passage aussitôt rejoint les vapeurs d’Autrefois.

Crépuscule estival #4

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

Langoureuse allongée, la danseuse s’étiole sur une sarabande humide autant que froide dans la mollesse floue d’une soirée d’automne ; ici souffle l’été vaincu.
(les papillons du tintamarre s’endorment pour l’hiver)

Crépuscule estival #5

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

l’accordéon se lamente pour votre gaieté, à l’abri d’une porte, mais l’insolent chaland se presse sans vergogne, vers une chaude destination.

Crépuscule estival #6

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

pleurent les murs, les toits et les fenêtres ; c’est pour les consoler que les marrons sur le feu parfument leurs trottoirs, ravissement d’écoliers cirés qui les distrait des flaques.

Crépuscule estival #7

Petites choses | Posted by Picarof août 31st, 2010

glissant sur sa longue chevelure bouclée après le chignon, à quatre heures la pluie emporte les dernières effluves d’une laborieuse matinale. elles flottent puissamment sous les platanes puis agonisent dans le parfum des feuillages jaunis. elle sent le coton détrempé et le bois mourant.

Le Bien-Aimé

Poésie, Poésie libre | Posted by Picarof mai 27th, 2010

Toi qui ne tournes pas
Toi qui ne bouges pas
Autour de Toi je danse
Et sans cesse gravite
Fille du labyrinthe
Et taureau de l’arène
Agartha

Toi morcelé dans tous
Les regards qui me plaisent
Osiris, ô célé
Au monde ainsi scellé
Os par os, je recouds
Ton âme dans mon sein
Qui en brille

Dans le ciel à l’aurore
Sur les nuages rouges
Le soleil entrelace
Les lettres de Ton nom
Tandis que le vent le
Murmure mais toujours
Il m’échappe

Qui.

Lavoir

Poésie, Poésie en prose | Posted by Picarof mai 6th, 2010

Assise auprès de la fenêtre en pluie, une femme attend, dans l’ombre crépitante. Le sourire qui ronronne sur ses lèvres adoucit son visage, comme l’eau sur le monde apporte un peu de flou dans sa mémoire. Les Hommes font silence, les animaux se terrent, il semble que la pluie occupe tout l’espace, poussant les faux soleils et les étoiles grises jusqu’aux replis de son indifférence. Un petit peu de tristesse, une touche d’ennui ; les gouttes sur les tuiles créent des silences pleins de bruits, la quiétude habitée de souvenirs soudain atones, comme on les voit, de loin, passer la main. Dehors la terre exhale ses parfums, chassant les égoïstes miasmes. La pluie ainsi prépare pour la fleur un air originel, neutre et sain, mais on verra tout ça demain, lorsque l’oiseau, à l’aube, entonnera pour le matin le signe du départ. Assise auprès de la fenêtre, une femme lave ses souvenirs et songe, en souriant, aux jours passés, comme l’enfant dans sa candeur rêve demain.

F

Poésie, Vitriol Alphabet | Posted by Picarof mars 27th, 2010

Futilité fugace, élégante comptine, jouée au piano droit le long d’une aube endimanchée, lueur orange de petits déjeuners     mielleux     . Voici F est entrée, figurine de feu fieffée de plumes. Flamboyante et rieuse, ornée de frou-frou d’or, la brindille enflammée déploie sur l’écran noir de carnavalesques artifices. Elle est : le mot « pep’s » dans un discours d’académicien, une trille joyeuse au cœur d’un requiem, le parfum d’une fleur qui choit sur un charnier, des fossettes malignes sur des joues gâtées, l’horrible d’un fluo sur un tableau de maître… le fallacieux des espérances. Les jours de grâce, il arrive parfois que revêtue de ses frivolités, F devienne l’inconsciente gaieté de fabriquer du beau, en pure vanité, des choses grandes sans le soupçonner. Que ferions-nous sans elle, follette si fringante, mondaine si fragile, la fée de nos ennuis, l’abîme des abîmes ?

Joie que ce rire qui fait face à une fosse au fond percé, sans plus de foi… Ô mon Amour, tu vois l’hiver, l’effroi, la faim, la finitude, la fange la fureur, et la mort nous attend, fatale et froide… fichtre.

M (bis)

Poésie, Vitriol Alphabet | Posted by Picarof mars 27th, 2010

Énorme éléphant à quatre piliers, mobile autant qu’enraciné, au plus profond de la terre fangeuse, M se promène, lourd, comme une basse continue qui fait trembler les tréfonds à chaque mouvement. Tout se pose sur lui, et tout se meut quand il respire. M est un pacha couleur de terre baignée de sang, M est égal à quatre, M a l’odeur des tripes. C’est dans le ventre qu’il réside et quand je t’aime façon M, c’est  par la peau que tu me hantes, comme une absence qui meurtrit, comme ce poison rassérénant de l’évidence. Dans la palette de l’émoi, M a cette place espagnole des rubis, le sang vif masquant toutes moiteurs, tout abandon, les mirifiques méchancetés, le sourire  mort d’une Médée après naufrage, la clef de voûte de la vie. Doute aboli dans la noirceur de l’âme et nuit profonde, M est ce pays dense où les brouillards jamais ne flottent ; ce qui résonne, la matière et la femme.