Qu’ainsi que dans ma main
La tienne trouve place,
Qu’ainsi que sur ma peau
Ton nom laisse une trace,
Enlacés de nouveau,
Autrefois et demain
Se marient dans ces mots :
Aujourd’hui, ce matin.
À chaque fois que je ressens comme un désir
De peintre, le pinceau choit.
Quand tintent les clochettes de ce temps heureux
De vivre, les larmes montent.
Qui es-tu, toi qui ris ?
Où donc est la chanteuse ?
Qu’on me donne un jouet
Et je le change en bile.
Que l’on m’offre un palais
Et j’en ferai décombres.
Voici la vacuité
Voici la vérité
…et puis voici la mort.
Cette distance intérieure qui accable… Cet effondrement de tous les sens, ce gribouillis de l’être véritable qui se confond avec l’architecture de rêves lumineux… Ah… si seulement quelque chose était. Songe insidieux qui sourd de chaque sursaut de l’entendement…. Espérons les lobotomies ainsi que le Léthé.
Elle se plaint, lui est venu souffrir
De la nuit dure, à mon oreille claire…
Je n’ai plus peur, moi je ne pleure pas
Mais des matins, je m’entends soupirer
Au réveil que les jours seraient plus doux
Si par la nuit jamais on ne rêvait.
Dans les nuages se dessine un visage
Les flaques d’eau tracent parfois ce dos
Qui sait porter et qui n’est pas le mien
Comme une bosse, on dit «Oh ! Que c’est laid !»
Mais fatigué, chacun est bien content
D’être la bosse et de faire l’enfant.
Voilà mon ombre, le grand Absent du jour,
Quasimodo que j’aime et que j’attends ;
En riant nous boirions du thé le soir,
Au bord de l’eau, quand l’été reviendrait.
Oui, nous boirions du thé, assis par terre,
En riant fort, comme rient les bossus.
Comme elle était jolie dans ses vêtements roses, je lui tournais autour ; elle était bien gentille et dansait avec moi. Quand je me sentais triste, elle me consolait, et me parlait de pays étrangers où l’on vivrait comme on en rêve. Tandis qu’elle me narrait les autrefois mélancoliques, ses yeux de miel, tout en pleurant, me contaient des chemins bordés de roses dans la reverdie. J’ai fait de cette vierge mon épouse, et pour la nuit de noces, elle est devenue belle.
Une autre toutefois dansait autour de moi, une autre très cruelle. Sa robe rouge ornée de cent grelots hantait mes rêves et drapait mon bonheur. Au bruit de son tambour, j’oubliais le printemps et replongeais dans la terre, là où le sang bat sans tiédir. Bouillant, je l’ai violée, elle qui ne se refuse à rien, et puis je l’ai mangée, et j’ai mangé son poignard, et j’ai mangé sa folie. Les ombres désormais découpent dans mes yeux des larmes écarlates qui tachent mon épouse quand je la prends ; je suis le Prince des Hivers, la Brume est mon logis.
Elle se frappait la tête, elle se lavait le corps ; à l’eau bouillante, il faut que ça fasse mal ! Elle enrageait de ne voir tout autour d’elle que des méchants, des mécréants et des sans cœur, alors elle se blessait. Quand ça montait jusqu’à la gorge, très fort, elle se mordait les lèvres, pour tout tenir dedans ; sur celles-ci, les mots tus faisaient perler des gouttes rouges. Parfois elle se disait, en regardant son corps meurtri, que c’étaient les impurs qui l’avaient mutilé ; mais en toisant ses mains pourtant, elle les voyait sales.
Parce qu’il était intelligent, il avait vu dans la noirceur un terreau plus fertile et c’est ainsi qu’il devint alchimiste. Un jour toutefois, ayant tout vidé de ses propres réserves, il dut chercher des gisements nouveaux, pour y puiser bien d’autres larmes. À la force d’une épée de fer et d’une pioche de plomb, il allait, de terre en terre, extraire des poisons pour en faire de l’or. De l’envie, il bâtit sa puissance et de la guerre, il fit un berceau. Les ombres dont il se nourrissait, peu à peu, devenaient lumière… Et puis un jour, son heure étant venue, il tomba, laissant un petit tas de cendres et des trésors dont il n’avait jamais jouï. Ainsi vécut l’homme qui, à force d’être utile, avait fini par oublier toute couleur.
Fini, les rêves ont trépassé, et l’amour lavé à la machine impeccable, implacable d’un incinérateur… Des linges d’ego, ne reste plus qu’un petit tas de cendres inanimé, purement noir. Point de pleurs ; ça ne renait que trop vite, comme l’erreur.
Sans plus rien attendre de sa Nuit, qu’elle mange mes mots sans en rien rendre, sans écho – les lotophages auront troqué leur Tristesse contre une Graille d’enfer ! Je marchais, jadis, dans des rues où mon ombre sur la neige s’emplissait de son image ; je marche à présent avec ce plus morose de tous les souvenirs : celui d’un rêve qu’on ne fait plus, qu’on n’osera plus faire, mais dont la saveur manque – cette saveur de manque. L’absence à soi. Comme mon corps, j’ai dû l’oublier quelque part…
Autant de pétales fânés oubliés dans une enveloppe éventée, des pétales qui auraient fini d’exhaler. C’est l’automne au royaume de ma mémoire, et je ne sais plus rien qui ne soit mort.
ce moulin-là…
qui ne prend que des graines de peur,
quel pain te fournit-il ?
tristes froments.
à force de coudre les joies avec les malheurs,
l’aiguille foudre les doigts
de pleurs écarlates ; pour l’oubli.